Intermédiaires et assurés montent au créneau : Les opérateurs se disent incapables de verser leurs primes en bloc
La Fédération des assureurs (FMSAR), l’autorité de tutelle (DAPS), la CGEM (antenne régionale) et la FNACAM (Fédération nationale des agents et courtiers en assurance du Maroc) se sont donné rendez-vous à Agadir, le 24 février,
avec le groupement des intermédiaires en assurance de la région (GIAAS). La rencontre, organisée par la Chambre de commerce, d’industrie et de services de la ville et le GIAAS, se voulait «un espace d’échanges entre les différentes parties pour dépasser les problèmes que rencontre actuellement la profession avec l’application des délais de paiement et de reversement des primes», souligne Saïd Dor, président du groupement et de la CCIS d’Agadir.
Les intermédiaires, qui disent adhérer entièrement à la nouvelle réforme des assurances, sont toutefois pour une application graduelle des dispositions afin de tenir compte de leurs propres contraintes et de celles des assurés. Comme le souligne Saïd Dor: «Nous sommes pour l’application de la loi, toute la loi et rien que la loi, mais dans une optique de préservation des intérêts des uns et des autres pour pouvoir mener à bien cette transition». Car, note-t-il, «l’expérience du terrain nous a montré qu’il est très difficile de faire bouger brutalement les conservatismes et déranger les habitudes opérationnelles dans lesquels se sont inscrits aussi bien la profession que les assurés».
Cette rencontre n’a pas tourné au cirque romain, comme c’est le cas d’habitude lorsque assureurs, intermédiaires et assurés se retrouvent. Au contraire, elle a permis de recadrer les besoins et les contraintes des différentes parties prenantes et les idées qui s’y sont dégagées pourraient même être interprétées comme un début de solution au «casse-tête» du paiement des primes. Thami Yahyaoui, directeur adjoint à la DAPS, a rappelé l’utilité de l’actuelle réforme. Celle-ci était nécessaire «pour ré-institutionnaliser les pratiques au sein du secteur, dans un esprit de protection des intérêts de la clientèle, d’une part, et ceux des compagnies d’assurances de l’autre».
La direction des Assurances et de la Prévoyance sociale suit l’application des nouvelles dispositions et affirme rester attentive aux conséquences, pour réguler les pratiques et préserver les acquis du secteur. Mais Yahyaoui insiste sur l’importance du versement en bloc des primes aux compagnies d’assurances. L’application des nouvelles conditions de paiement des primes pose réellement problème à voir les réactions des opérateurs.
Les différents représentants des chambres professionnelles de la région dénoncent le nouveau dispositif de paiement qui, disent-ils, «ne prend pas en compte la capacité financière des entreprises». Les opérateurs de la pêche, du BTP, de l’artisanat ou encore des services ont appelé unanimement à la révision de ces modalités, car leurs membres se trouvent aujourd’hui dans l’incapacité de s’acquitter des primes en bloc dans un délai de 10 jours. Ali Boughaleb, DG de la Fédération des assurances, a, pour sa part, souligné le bien-fondé de l’application des nouvelles dispositions, tout en précisant que les assureurs sont attentifs aux problèmes rencontrés par les intermédiaires et les assurés. Selon lui, «le secteur est aujourd’hui dans une situation financière intenable en raison des arriérés accumulés jusque-là, quelque 9 milliards de DH, notamment dus au non-respect des modalités de paiement des primes».
Le représentant de la Fédération des assureurs souligne toutefois la souplesse accordée par les compagnies pour le paiement des primes: à savoir la possibilité de verser la totalité du montant le 15 du mois qui suit celui de la souscription. «Délai trop court pour les assurés», rétorque un intermédiaire de la région. Ali Boughaleb rappelle aussi que les compagnies sont prêtes à négocier avec les assurés un rééchelonnement des impayés, si ces derniers s’engagent à s’acquitter des primes 2005 en bloc. Le débat a, en définitif, focalisé sur la nécessité de revoir les nouvelles dispositions.
Les arguments avancés par l’assistance ne manquent pas, mais le plus important reste que des assurés, qui s’engagent à s’acquitter de leurs primes, sont dans l’incapacité de les payer en bloc. Et c’est ce qui a attiré l’attention de Ali Boughaleb, qui confie: «Ce qu’on craignait le plus au sein de la fédération, c’est mettre à mal des assurés qui remplissent leurs engagements, mais qui ont besoin de le faire en plusieurs tranches». Extrait du journal l'Economiste
